La Degenerescence du Liban ou la Reforme orpheline (Livre)

La Degenerescence du Liban ou la Reforme orpheline ( AHMAD BAYDOUN )

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Gilles Paris sur “La Degenerescence…”

June 10

“La Dégénérescence du Liban ou la réforme orpheline”, d’Ahmad Beydoun : le Cèdre entamé

 
Le Liban sera-t-il plus stable après les élections du 7 juin ? Il est permis d’en douter compte tenu des obstacles qui se conjuguent pour rendre ce pays proprement ingouvernable. Ceux que les limites évidentes de cette démocratie théoriquement “consensuelle”, le poids du communautarisme et le jeu pervers des influences extérieures désorientent liront avec profit La Dégénérescence du Liban.
 

Dans ce petit ouvrage exigeant et magistral, l’universitaire Ahmad Beydoun passe en revue plus d’un demi-siècle d’histoire libanaise pour en mettre à nu les évolutions et surtout les impasses : l’échec d’un projet national bâti sur un double renoncement, celui des musulmans au rêve de l’unité arabe et celui des chrétiens à la protection de l’Occident. En sciences politiques, l’addition de négations ne produit pas de résultats positifs.

Le combat entre la consolidation citoyenne et les cristallisations communautaires a commencé bien avant la guerre civile, mais celle-ci l’a accentué à partir de 1989, avant d’être entretenu par le parrain syrien. Ahmad Beydoun ne nie pas les acquis dont peuvent se prévaloir les Libanais depuis la fin de la guerre civile, la reconstruction (par le sunnite Rafic Hariri), la libération du Liban sud de l’occupation israélienne (par le Hezbollah chiite) et le “desserrement de la poigne” syrienne (sous l’effet d’une pression sunnite, chrétienne et druze), mais c’est aussitôt pour démontrer que chacun “porte bien en évidence un stigmate communautaire”. Rien, donc, ne parvient à alimenter les ferments d’un Etat. Au contraire, “chaque acquis peut ajouter une lézarde à celles qui fissurent” le Liban.

Cette faiblesse peut-être consubstantielle, et en tout cas entretenue par les pôles communautaires, permet et rend toujours plus central le jeu des influences étrangères. Toutes les factions libanaises le déplorent, mais toutes font en sorte que la seule digue qui pourrait être dressée pour leur faire obstacle, l’Etat et l’intérêt national, soit consciencieusement rognée et arasée. Toutes font en sorte de maintenir un Etat faible, pour qu’il n’empiète pas sur leurs territoires, économique, symbolique ou militaire, et pour continuer de le piller à loisir. Au terme de ce sombre constat, Ahmad Beydoun propose ses pistes : élaboration d’une nouvelle loi sur la nationalité, nouvelle division administrative du pays, nouvelle loi électorale, déconfessionnalisation des postes stratégiques. Il prône le dynamitage d’un confessionnalisme qui a fait la preuve de son impuissance. Mais, s’interroge-t-il, trouvera-t-on des réformistes pour les porter ?